Non, je ne suis plus une poète maudite

C’est peut-être difficile à croire, mais déjà, au primaire, ma créativité carburait à la souffrance. Au drame. Aux maux non dits. À la mélancolie qui planait sans cesse sur mon âme de petite fille.

Je créais-écrivais quand j’avais mal.

Quand mon ventre se tordait jusqu’à créer un trou béant.

J’étais digne de Baudelaire ! Ce poète maudit du XIXe siècle qui a écrit le très controversé recueil Fleurs du Mal. Un poète romantique dépravé, débauché, victime de souffrances morales plus vives encore que la syphilis qui le rongeait.

Il suffit de croiser le regard noir et perçant de Baudelaire sur une photographie pour être pénétré par son sort tragique.

N’est-il pas celui qui devait souffrir pour écrire? Celui qui se livrait à la plus pure auto-destruction pour alimenter sa création? N’est-il pas ce poète qui a écrit, dans Spleen :

[…] Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Très jeune, je survivais avec ce drapeau noir planté dans mon crâne. Chaque fois qu’il claquait au vent et me faisait tressaillir, je retrouvais le souffle de l’inspiration.

Et il en fut ainsi pendant de longues et douloureuses années.

Jusqu’à ce que je choisisse le bien-être comme muse !

Aujourd’hui, alors qu’une situation tragique dans ma vie fait tanguer la barque de ce bien-être durement conquis, je réalise ceci: NON, JE NE SUIS PLUS UNE POÈTE MAUDITE !

Alléluia ! proclamerez-vous. Car oui, cela signifie à n’en point douté que je suis guérie de mon mal de vivre. Soulagée de mon inaptitude à ressentir le bonheur. Oui, alléluia ! La douleur n’est plus mon port d’attache.

Mais en même temps, merde ! Comme vous le savez, j’écris en ce moment une trilogie de science-fiction intitulée Condamnés à Guérir. L’écriture est toute ma vie ! Et me voilà prisonnière d’un état d’être qui bloque ma créativité alors qu’il m’enivrait autrefois.

Je me vois acculée à un mur.

Moi, Joséane, je me suis jadis alimenté au mal-être jusqu’à épuisement complet. Recouvrant mes maux de mes mots sur des milliers de pages. Dessinant jusqu’à ce que mes mains deviennent noires de fusain.

Et c’est cette moi, aujourd’hui, qui, mélancolique, demeure figée devant son tome 1. Incapable de produire un mot. Une phrase. Impuissante face à mon oeuvre inachevée.

Qu’est-ce que ça fait de moi?

Une écrifaine qui se doit de trouver son équilibre pour poursuivre l’écriture de sa trilogie.

Quelle belle sentence !

 

 

 

 

 

 

 

 

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