L’avant-après formation Mini Génie

Aujourd’hui le 10 février 2016, je viens de conclure ma 3e formation avec le Centre de formation et d’édition Mini Génie. La bonne nouvelle?

Je me sens plus écrivaine que jamais! Plus consciente, aussi, de tous les choix littéraires que j’ai fait et de ceux à venir.

Attachez votre tuque, car je vous crée une oeuvre renversante!

Ma formatrice, Chantal Blanchette, m’insuffle le courage d’écrire avec mes tripes et la confiance en mon talent.

Et en plus de cela, elle m’apprend une règle très simple et très efficace: déjouer le lecteur qui décroche devant de trop longues descriptions. Le catapulter dans l’action. Lui faire voir la scène. Sentir la scène. Le laisser entrer dans les personnages et se faire lui-même une idée de leur personnalité. De leur histoire.

Bref, arrêter de jouer au narrateur-dieu! C’est vrai que c’est embêtant de se faire dire quoi penser! 😛

C’est ainsi que j’ai commencé à couper ma narration et à alterner:

  • les courtes descriptions
  • les pensées de chaque personnage
  • les dialogues
  • et les gestes et les actions

Est-ce que ça fonctionne? Ça oui! Même moi, en tant que créatrice des scènes, je me suis mise à voir mes personnages bouger encore plus dans l’espace. À me mettre dans leur peau plutôt qu’à les juger. Et c’est enivrant! Captivant! Comme si j’écoutais un film!

Je vous offre en primeur un extrait AVANT-APRÈS de mon chapitre 1 intitulé « Création interrompue ».

Bonne lecture! 🙂 Et offrez-moi le plaisir de lire vos commentaires!

L’AVANT

plus court et semble plus long

 

Le jardin désertique de l’Illustre Énée K est vibrant de soleil. L’air pesant, chargé de sable volatile, est empli d’odeurs âcres. Des serpents de fumée orange volent au-dessus de l’artiste affairée à son œuvre, et sans qu’elle ne s’en aperçoive, de dangereuses étincelles éclatent autour de sa personne tout absorbée à souder.

Depuis près de 45 jours, la cour arrière de l’artiste ne connaît plus de nuits. Certes, l’astre solaire poursuit sa course dans le ciel, fidèle à ses habitudes millénaires, mais il s’obstine depuis plus d’un mois à caresser l’Océan Arctique la nuit venue. Il refuse de s’y engloutir. Il se trouve que le studio extérieur d’Iss K – Iss étant l’abréviation du titre d’Illustre-, est planté sur la longitude du 84e degré nord,  tout en haut sur le globe terrestre. Il se situe au nord-ouest de la ville de Zarathøustra, la capitale élitiste qui domine le cercle polaire dans toute sa splendeur. Le studio est caché à la vue de cette ville célèbre par des montagnes de granit semblables à des stalagmites géants qui ne peuvent rien contre le soleil couchant en cette période de l’année.

Ainsi, les jours et les nuits poursuivent leur danse du temps qui passe alors que l’astre, lui, éclaire de tous ses feux, sans discrimination. Il éclipse la lune avec une férocité foudroyante. Il surchauffe la terre et l’esprit des citoyens du pays de Grønland. Pire, il fait craquer la terre du dernier territoire habitable pour l’Humain. Cruel, il assèche l’ultime île sur la planète Terre où il est encore possible de survivre. Où il est encore possible de subsister malgré le réchauffement climatique dont l’origine est immémoriale. Tout comme l’étoile enflammée qui refuse de disparaître à l’horizon, l’humanité n’en finit pas de résister à l’extinction; depuis six siècles, depuis la Déportation, elle brûle, mais jamais ne meurt.

L’APRÈS

plus long et semble plus court, magie!

 

Depuis près de 45 jours, le soleil de minuit irradie le cercle polaire où les habitants du pays de Grønland tentent de survivre.

Accroupie au fond de son jardin désertique à Zarathøustra, Iss Énée K s’affaire à son œuvre. Solitaire. Hypnotisée par la création. Une crinoline d’outils et de morceaux de métal l’encercle. Mais avec sa fine tunique tachée et ses cheveux emmêlés autour d’un pinceau, l’artiste ne ressemble en rien à une gracieuse ballerine.

Et si j’ajoute cette pièce dans ce trou? pense-t-elle. Non… ça ne veut rien dire. Ou peut-être… en la retournant. Mmmm, ça oui. Où est-ce que j’ai mis mon chalumeau?

Aussitôt que l’Illustre Énée K met la main sur l’instrument, l’air autour d’elle s’appesantit. Il se remplit d’odeurs âcres. Mais la trentenaire ne les sent pas. Des serpents de fumée orange volent au-dessus d’elle. De dangereuses étincelles éclatent autour de sa personne tout absorbée à souder. Mais elle ne ressent pas les brûlures mineures sur sa peau. Seuls les rayons du soleil crépusculaire, qui pénètrent à l’oblique dans son studio extérieur, perturbent son travail de précision. À cette heure du soir, ni les montagnes de granit semblables à des stalagmites géantes ni les hauts murs de terre séchée de sa demeure ne la protègent de l’aveuglement.

Comme le Directeur du Musée de la Muse, Énée s’est inspirée du vocabulaire des arts pour enrichir son lexique de sacres. L’artiste lance silencieusement :

Varsol de soleil! Foutue étoile cruelle. As-tu fini d’assécher la Terre? Tu as tout brûlé : la végétation, les animaux… les humains. Tu nous as presque exterminés! Ça ne te suffit pas? Notre colonie de survie t’enrage à ce point? Même pas 200 000 survivants et tu t’enflammes! Tu dois vraiment brûler de colère sur nous?

Devant elle, l’Illustre voit valser des points lumineux à la place de ses mains. Ça la force à éteindre la flamme bleue de son chalumeau. Elle grogne. Car son temps est compté. Iss Énée K ne peut pas se permettre d’arrêter de créer sa sculpture. Ni flancher parce que le thermomètre au fond de sa cour affiche 38 degrés Celsius. L’idée de se déplacer pour se protéger de la lumière ne l’effleure même pas tant l’urgence l’habite.

L’artiste cligne des paupières frénétiquement pour rétablir sa vision. Quand elle les rouvre à demi, des larmes brûlantes glissent sur ses joues. Elle rallume quand même son outil et, recourbée, poursuit sa soudure de finition. Ses sourcils épais se froncent jusqu’à se toucher.

̶   Chers citoyens de Grønland!, siffle le Président Nikola Kai dans l’oreille interne gauche d’Énée, via la VOA qui lui a été greffée à son 100e jour d’existence.

Térébenthine de Venise! s’indigne Énée en mordant sa lèvre inférieure. Pas encore la VOA! Pourquoi Kai choisit toujours le pire moment pour s’introduire dans ma tête? J’peux pas lui fermer sa gueule, là!

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